Au moment où on assiste à une offensive patronale et gouvernementale visant a appliquer l’austérité (faire payer les producteurs de richesses au lieu des responsables de la crise), il est bon de rappeler d’où viennent nos acquis sociaux tant prisés par les français, et servant de modèles pour le peuple travailleur à travers le monde. Depuis 1895, la CGT est le moteur de la lutte pour nos acquis.
La chronologie qui suit n’est pas exhaustive. Elle ne retient que les aspects concernant l’ensemble des salariés, ce qui exclut les très nombreux résultats de luttes d’entreprises, locales, professionnelles. Trois remarques s’imposent :
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La tradition française favorise la plupart du temps la loi pour entériner les acquis sociaux.
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Ces acquis ne sont jamais venus d’eux-mêmes ou de promesses électorales. Ils sont toujours le fruit de luttes très dures, faites de terribles sacrifices de la part de ceux qui y participèrent, au prix souvent du sang.
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On note des « creux » très importants à certaines périodes (1919-1930, par exemple). Ce sont des périodes (généralement liées à des phases de récession économique) au rapport de force très difficile pour les salariés souvent contraints de se battre sur la défensive.
1884 – Loi autorisant la création des syndicats.
1892 – Interdiction du travail de nuit des femmes.
1906 – Repos obligatoire de 24 heures hebdomadaires.
1910 – Loi sur les retraites ouvrières et paysannes.
1919 – Limitation de la journée de travail à 8 heures (et la semaine à 48 heures). Loi sur les conventions collectives (sans réel effet avant 1936).
1930 – Mise en place des assurances sociales.
1932 – Mise en place des allocations familiales.
1936 – Augmentation générale importante des salaires – Mise en place des « délégués ouvriers » dans les entreprises de plus de 10 ouvriers – Loi sur les 40 heures hebdomadaires – Loi sur les congés payés (deux semaines) – Loi sur les conventions collectives.
1945 – 1947 – Au nombre des acquis durables de la Libération figurent les nationalisations de grandes entreprises et la participation des salariés à leur gestion – les comités d’entreprise – mise en place de la Sécurité sociale – statut de la fonction publique – grille des salaires – inscription du droit de grève dans le préambule de la constitution.
1950 – Création du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti).
1956 – Adoption de la troisième semaine de congés payés – fond de solidarité pour les « vieux travailleurs » – réduction partielle des abattements de zone sur les salaires.
1958 – Création des ASSEDIC
1968 – Extension de la 4ème semaine de congés payés (adoptée le 2 mai, avant les mouvements de grève) – loi reconnaissant la section syndicale d’entreprise – augmentation du SMIG de 35% – augmentation des salaires de 15 à 20 % parfois plus – échelle mobile des salaires dans de nombreuses branches – retour progressif aux 40 heures hebdomadaires abandonnées après la guerre.
1971 – Loi sur le paiement mensuel des salaires – accords syndicats-patronat puis loi sur la formation professionnelle continue.
1974 – Décret sur les CHS (Comité d’Hygiène et de Sécurité) – accord interprofessionnel, instituant l’indemnisation du chômage à 90 % en cas de licenciement économique.
1975 – Loi sur le contrôle des licenciements économiques.
1979 – Loi délimitant les contrats à durée déterminée.
1981 – Loi sur le travail à temps partiel.
1982 – Réduction de la durée légale du travail à 39 heures – institution de la cinquième semaine de congés payés – abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans – extension des droits syndicaux, création du droit d’expression des salariés – création des CHSCT (Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail).
A partir de 1985 – avec l’assaut sur la flexibilité du travail notamment, des efforts considérables sont déployés par le patronat et le pouvoir politique. Ils remettent en cause, soit par voie législative, soir par voie contractuelle, la plupart des acquis sociaux (la loi quinquennale de 1993 et les remises en cause es différents éléments de la protection sociale constituent des pièces maîtresses de l’offensive). L’action syndicale, sur la défensive, doit s’efforcer de conjuguer l’action contre la remise en cause des garanties collectives et de l’obtention de nouveaux acquis. Elle doit reconstruire un rapport de force à la hauteur de cet enjeu. Ce rapport de force passera par la syndicalisation de masse.